Archive for the ‘Alternatives Internationales’ Category

And on the topic of Syria and foreign fighters from Europe, here is a piece that I wrote a little while ago that has now gone live for a new outlet, Alternatives Internationales Hors-séries a French outlet. For those who cannot read the below French, it is similar to this piece I did for RUSI. More on this subject en route.

Les Jihadistes occidentaux rentrent Ă  la maison

Raffaello Pantucci, chercheur au Royal United Services Institute (Rusi), Londres
Alternatives Internationales Hors-sĂ©rie n° 014 – janvier 2014

Des centaines de jeunes Européens sont partis faire le jihad en Syrie. Et la plupart en reviendront. Radicalisés, vengeurs, ou indifférents, ils sont devenus la bête noire des services de renseignement.

Le conflit syrien est devenu le terreau le plus fertile du jihadisme mondialisĂ©. Alors que l’on va entrer dans la quatrième annĂ©e du conflit, la guerre civile syrienne est devenue un pot-pourri d’extrĂ©mistes, jeunes sunnites ou chiites venant combattre aux cĂ´tĂ©s des diffĂ©rentes factions en prĂ©sence. Parmi eux, on trouve de plus en plus de jeunes EuropĂ©ens.

Ces jihadistes occidentaux renforcent-ils la menace terroriste dans les pays europĂ©ens ? Pour le moment, la guerre en Syrie a surtout alimentĂ© la menace terroriste au niveau rĂ©gional : une cellule planifiant des attentats en Jordanie a Ă©tĂ© dĂ©mantelĂ©e, des attaques ont Ă©tĂ© commises en Turquie ou au Liban. De mĂŞme, faut-il le rappeler, il n’y a pas de branche europĂ©enne d’Al-QaĂŻda. Parce que l’organisation terroriste peine Ă  faire des Ă©mules sur le Vieux Continent, mais aussi parce qu’aucun groupe ne remplit les critères d’adhĂ©sion – autonomie logistique et financière, liens Ă©tablis avec la haute hiĂ©rarchie du mouvement – Ă©dictĂ©s par la maison mère. En outre, si une branche europĂ©enne venait Ă  officiellement se faire connaĂ®tre, la rĂ©ponse des services de renseignement et de sĂ©curitĂ© ne se ferait pas attendre, et elle serait aussitĂ´t arrĂŞtĂ©e.

Mais les responsables europĂ©ens ont raison de s’inquiĂ©ter, car historiquement nombre de terroristes ont d’abord Ă©tĂ© des combattants jihadistes. Et Ă  moyen terme, les Occidentaux vont devoir se pencher sur leurs jeunes ressortissants revenant du front syrien, avec l’expĂ©rience, l’entraĂ®nement et les rĂ©seaux qui peuvent ĂŞtre utilisĂ©s Ă  des fins terroristes sur leurs sols.

Les plus inquiĂ©tants sont ceux qui sont directement missionnĂ©s par des organisations jihadistes, comme le montre l’exemple de Mohammed Siddique Khan et Shezad Tanweer, le duo au coeur des attentats de Londres de juillet 2005. Khan, la tĂŞte pensante, avait rĂ©alisĂ© nombre de voyages au Pakistan et en Afghanistan oĂą il s’Ă©tait entraĂ®nĂ© dans un premier temps avec les groupes jihadistes du Cachemire, puis plus tard avec les Afghans. Son troisième voyage en Afghanistan aurait dĂ» ĂŞtre le dernier – il avait prĂ©vu d’y mourir comme il l’a indiquĂ© dans une vidĂ©o adressĂ©e Ă  sa jeune fille – jusqu’Ă  ce qu’il rencontre des membres d’Al-QaĂŻda le convainquant de l’intĂ©rĂŞt de mener une attaque sur son sol d’origine. D’autres ont empruntĂ© ce chemin, mais sans parvenir Ă  leurs fins, comme Faisal Shahzad et Najibullah Zazi, qui voulaient chacun commettre un attentat Ă  New York après des voyages en Afghanistan et au Pakistan.

Avant de partir combattre dĂ©jĂ , ces hommes nourrissaient une haine de l’Occident, et voyaient dans le fait de dĂ©tenir un passeport occidental l’occasion de commettre plus facilement un attentat. Un tel sentiment anime-t-il ceux qui sont aujourd’hui en Syrie ? Leur rhĂ©torique et leur allĂ©geance Ă  Al-QaĂŻda pourraient laisser penser qu’ils partagent ses convictions, mais, pour l’heure, leur prioritĂ© est bel et bien de faire tomber le rĂ©gime d’Assad, pas d’attaquer l’Occident.

Seul contre tous

La deuxième façon dont la menace s’est exprimĂ©e dans le passĂ©, c’est Ă  travers des individus qui se sont rendus sur les champs de bataille jihadiste, qui s’y sont constituĂ© un rĂ©seau, s’y sont entraĂ®nĂ©s, puis sont rentrĂ©s pour planifier une attaque de leur propre chef. Par exemple, Bilal Abudllha, un mĂ©decin irako-britannique qui avec le soutien de son ami Kafeel Ahmed, a tentĂ© de faire exploser deux voitures piĂ©gĂ©es en plein Londres, et rĂ©ussi Ă  lancer une voiture remplie d’explosif dans l’aĂ©roport international de Glasgow, en 2007. Abdullah s’Ă©tait auparavant rendu en Irak, s’Ă©tait entraĂ®nĂ© parmi les insurgĂ©s, mais il n’est pas sĂ»r que ces derniers lui aient demandĂ© de commettre des attentats au Royaume-Uni. Dans la mĂŞme veine, Mohamed Muhidin Gelle, un jeune dano-somalien proche des Chebab avec qui il s’Ă©tait entraĂ®nĂ©, a Ă©tĂ© accusĂ© de fomenter avec d’autres un attentat contre Hillary Clinton. Le complot a Ă©tĂ© dĂ©couvert, et Gelle a Ă©tĂ© extradĂ© vers le Danemark. LĂ -bas, il semble qu’il ait pu reprendre une vie normale, jusqu’au 31 dĂ©cembre 2009 oĂą il s’est attaquĂ© au domicile du caricaturiste Kurt Westegaard, armĂ© d’une hache et de sabres. Mais, mĂŞme si les Chebab ont admis connaĂ®tre cet individu, rien ne prouve qu’ils ont Ă©tĂ© les commanditaires de cette tentative d’assassinat.

C’est plutĂ´t ce profil que l’on retrouve en Syrie. Parmi la foultitude de jeunes hommes prĂŞts Ă  faire le jihad Ă  l’Ă©tranger, il est quasiment certain qu’au moins l’un d’entre eux rentrera Ă  la maison vivant, entraĂ®nĂ©, et dĂ©cidĂ© Ă  agir en son nom propre. Est-ce cela qui explique le faible soutien des pays occidentaux Ă  la rĂ©bellion syrienne ? En tout cas, c’est ce genre d’individus qui devrait inquiĂ©ter leurs diplomates et gouvernants.

Recommandé par les anciens

Enfin, il y a ceux qui partent se battre, rentrent pleins de colère, mais pas suffisamment pour commettre un attentat. Ils prĂ©fèrent aider les autres jihadistes Ă  trouver des fonds et deviennent des figures du radicalisme, Ă  l’instar du prĂ©dicateur anglo-Ă©gyptien Abu Hamza al Masri, cĂ©lèbre pour ses prĂŞches enflammĂ©s dans la mosquĂ©e de Finsbury Park Ă  Londres. Jeune homme fuyant la conscription en Égypte, Abu Hamza (alias Mustafa Kamel) Ă©tait parti combattre les SoviĂ©tiques en Afghanistan. LĂ -bas, il a rencontrĂ© Abullah Azam, figure tutĂ©laire du jihad antisoviĂ©tique, avant de rentrer blessĂ© et mutilĂ©, ce qui a d’ailleurs contribuĂ© Ă  sa renommĂ©e. De retour au Royaume-Uni, il est devenu prĂ©dicateur, puis petit Ă  petit il est apparu comme une figure incontournable de la mouvance extrĂ©miste britannique. MĂŞme s’il ne s’est jamais personnellement impliquĂ© dans une attaque terroriste, il a radicalisĂ© et influencĂ© toute une gĂ©nĂ©ration de jeunes hommes, les persuadant de partir se battre Ă  l’Ă©tranger, de s’entraĂ®ner, voire de perpĂ©trer des attaques en Occident. Il y a, Ă  des niveaux d’influence moindre, bien d’autres exemples comme Abu Hamza, et la plupart d’entre eux n’ont jamais attirĂ© l’attention. Ces individus sortent souvent des radars publics, soit parce qu’ils rejoignent un groupe encore inconnu des services, soit parce qu’ils sont très prudents, soit parce que tout simplement ils n’ont pas l’intention de commettre un attentat.

Ă€ cause d’eux, non seulement plus de jeunes sont tentĂ©s d’aller combattre en Syrie, mais surtout l’idĂ©ologie du jihad se rĂ©pand en Europe, car leur expĂ©rience personnelle est aisĂ©ment transposable dans le rĂ©cit plus global du jihad. Ainsi, le problème du terrorisme islamique qui semblait en dĂ©clin va en fait s’Ă©tendre et se prolonger en Europe.

MĂŞme s’il est impossible de savoir combien exactement de jeunes Occidentaux sont partis (ou prĂ©voient de) combattre en Syrie (quelques centaines d’EuropĂ©ens, estiment les services de renseignements, mais ils sont certainement plus nombreux), l’expĂ©rience montre que lorsque des Occidentaux rejoignent les champs de bataille jihadiste, la menace terroriste se renforce de manière gĂ©nĂ©rale. Reste pour les services de renseignements Ă  dĂ©terminer quand et comment celle-ci pourrait se matĂ©rialiser. La Syrie hantera l’Europe pendant de longues annĂ©es encore.

Advertisements